MES COMBATS ! En allemand, ç’est vulgaire…(partie 4)

strangersinparadise4_30072002.jpgMidnightNationINT01.jpgUruseiYatsuraLamu4_19112005.jpgUsagiYojimbo6_24092005.jpgdecapeetdecrocs05couv.jpggto01g_09022003.jpgplanetary01_24032004.jpgsoleil1.jpg

STRANGERS IN PARADISE (Terry Moore/Akiléos): Que dire? SIP est un authentique chef d’oeuvre du 9e art. Pourquoi ? Parce que l’histoire d’amitié et d’amour entre les trois personnages principaux est incroyablement bien écrite. Un mot sur l écriture de cet ovni. l’auteur s’accorde toutes les libertés narratives qui lui serviront à rendre au mieux les émotions des protagonistes. de la nouvelle illustrée au poèmes sur pleine planche en passant par les bonds sporadiques dans le temps, tout est bon pour rendre l’intrigue plus passionnante. Car loin d’être des « ruses » narratives, l’histoire se nourrit de cette diversité des humeurs qui apportent ce « vivant » et cette « chair » à l’ensemble. L’émotion se fait vibrante pour s’aérer subtilement par la suite au contact de la cocasserie du quotidien des héros. Les multiples rebondissements sentimentaux nous attache irrémédiablement à Katchoo, David et Francine, sorte d’avatars d’Archie et ses copines, comme quoi les triangles amoureux ne se démodent jamais. Damien le vendeur d’Astro city à Lille me disait quand je lui demandai ce que pouvait bien raconter SIP, que c’était une « tranche de vie » qu’on ne pouvait résumer à un genre particulier. L’auteur explose si bien toutes les limites qu’on se prend à rêver à la liberté d’action dont il pu jouir. Aucun éditeur n’ a dû jouer les trouble-fête sur un tel objet. Strangers in Paradise est la définition et l’achèvement de ce que j’appelle une « oeuvre d’auteur », un modèle du genre qui ne contient aucun défaut dans l’exécution (comme Maison Ikkoku). un autre stade de la bande dessinée. Plus Haut, Plus grand! Dieu que l’humanité est belle quand elle est écrite par Terry Moore…. Une citation: …Dix ans. Je sens ses cheveux dans le vent, l’odeur de l’hiver. D’un coup, je me rends compte que je n’ai pas respiré depuis dix ans.

MIDNIGHT NATION (Joe Straczynski-Gary Frank/Semic): Encore un pur bijou sorti dans son coin sans faire grand bruit. Le créateur de Babylone 5 est depuis longtemps fan de bd et après avoir créé Heroes avant Heroes avec Rising Stars, il se décide à faire une petite série en douze chapitres où tout est prévu à l’avance: C’est Midnight Nation. Un flic de Los Angeles divorcé, enquête sur une série de meurtres tous les plus horribles les uns que les autres. Il se fait blesser grièvement par des créatures translucides (les marcheurs)et atterrit dans un monde à coté du notre, où vivent les personnes oubliées, les « entre deux » et les futurs morts comme lui. Il y fait la connaissance de Laurel qui se présente comme son guide dans sa quête, car il faudra s’il veut rejoindre le monde des vivants récupérer son âme dans un délai de douze mois et voyager de Los Angeles à New York à pied. Passé ce délai il deviendra un marcheur… et Laurel devra le tuer. Chaque épisode se construit comme une petite fable humaniste qui ajoute une brique supplémentaire à l’édifice très ouvragé que nous façonnent les deux compères Joe et Gary. les chocs et les révélations de ce Road-movie se font étonnantes et crescendo jusqu’à la conclusion forte et emplie de poésie. S’il faut un réalisateur pour adapter ce voyage au cinéma, c’est celui du sixième sens. La même sensibilité qui fait cohabiter le réel avec le fantastique hante les deux opus. Tout cela pour dire qu’il est indispensable de lire ce joyau de l’école américaine quand elle tire le meilleur de ses forces. Une réplique: Je ne citerai pas réplique, mais le dialogue entre David et lui même est magique surtout quand on le revoit plus tard dans un autre contexte. Grandiose!

LAMU-URUSEÏ YATSURA (Rumiko Takahashi/Glénat): Un manga fondateur à plus d’un titre. La Mythologie extrêmement riche du folklore japonais sert de décorum pour un scénario totalement farfelu, en effet tous les monstres fabuleux ne sont en fait que des extra-terrestres ayant un penchant pour le pays du soleil levant. Le petit japonais moyen attire également tout un tas de bombes sexuelles complètement caractérielles qui lui pourrissent le quotidien. Et enfin, cet anti-héros se trouve une fiancée affreusement jalouse et possessive capable de toutes les violences sur son « heureux-élu » dans le but de le convaincre de rester avec elle (on s’étonne mais elle a du mal). Tous ces clichés shônen viennent de Lamu qui a également popularisé un humour non-sensique mais sans déborder dans l’hystérie qui caractérise la plupart des productions actuelles. En effet Takahashi a su être précurseur dans son pays mais reste passablement ignorée sous nos contrées pour cause d’incompatibilité supposée avec nos esprits occidentaux. Mais qui a pondu cette connerie? Les mangas aujourd’hui ne parlent pour ainsi dire que du japon et les fans deviennent parfois dans leurs obsessions de véritables petits nippons par procuration. C’est heureux car cela a enfin permis à la lumière de ce récent intérêt pour le Japon de traduire cette grande fresque qu’est Uruseï Yatsura (Vos Gueules les aliens! en original) Peu à peu pourtant derrière le contenu débridé de la série se profilent des questions troublantes dans un tel délire. Comment faire croire à la sincérité des propos quand ils ont été dis sous la contrainte? Ainsi Ataru forcé de fréquenter Lamu, ne peut avouer ses véritables sentiments. Il ne peut les exprimer que par des moyens détournés, le plus souvent par la colère. Les mots sont ils si importants? Souvent les quiproquos et les situations cocasses rendent la vérité dérisoire. Et la Jeunesse qu’est ce qui la caractérise le plus ?l’éphémère? Alors Ataru et ses amis comptent bien en profiter jusqu’au bout. pourquoi devraient ils se presser de devenir adultes comme leurs parents? Le plus touchant dans ce Manga, c’est sans doute que passé le catalogue des légendes nippones déformées, Ataru d’abord pris à rebrousse poil par sa jolie fiancée, s’acclimate peu à peu de son nouvel entourage jusqu’ à pouvoir en maîtriser les rennes avec un bonhomie et une ironie qui ont remplacés ses colères du début. On le voit tomber amoureux de Lamu petit à petit sous nos yeux, malgré lui et en douceur finalement. une réplique:La fleur: Mademoiselle voulez vous être ma petite amie ? Une fleuriste: Je suis désolée monsieur le gardénia, mais je ne peux accepter votre proposition. La fleur: Mais pourquoi? C’est parce que je suis une fleur c’est ça?

USAGI YOJIMBO (Stan Sakaï/Paquet): Le postulat était trop casse gueule. Mélanger les histoires de samouraï avec des personnages animaliers cousins de Donald Duck a sûrement discrédité une bd qui n’a rien à envier à Kogaratsu. Alors vous qui passez devant ce « grand » comics sans le voir, apprenez que vous ne savez pas ce que vous faites. Doté d’un story-telling sans faille et d’une mise en page impeccablement claire et cinématique, Usagi Yojimbo capte le sens de l’épique et de l’épopée qu’on trouve dans les bons films de samouraïs notamment ceux de Kurosawa (dont l’un des films s’appelle Yojimbô justement). la documentation historique est solide et font apparaître certains épisodes comme quasiment didactiques ( je pense au Seppuku et à la vie des paysans pécheurs d’algues). La galerie des personnages est variée et très riche pour qu’on y trouve tous les rôles inévitables au sujet (ronins, voleuse ambulante, kunoïchi, noble véreux, rival du maître, fils illégitime, policier impuissant). Les sources sont probablement très nombreuses et très pointus, ainsi le cinéma de Kurosawa est évidemment le plus visible, mais on trouve aussi des réferences à la pierre et le sabre de Yoshikawa et au Shogun de James Clanvell, L’inspecteur Hanshichi (le Holmes japonais) n’est pas loin non plus tandis que les vieux mangas comme Lone Wolf and cub de Koiké et Kojima et ceux de Hirata(l’âme du Kyudô)sont clairement des influences. Digne héritier des feuilletonistes, Stan Sakai manipule de nomreuses intrigues parallèles avec maestria et sais reprendre l’attention du lecteur par la diversité des aventures proposées (fantastique, thriller,policier, duel, espionnage et chroniques historiques par exemple). Évidemment on peut préférer les titres plus jolis (Le vagabond, Kogaratsu), plus violents (L’habitant de l’infini), plus craignos et sois disant plus réaliste (Lone wolf…) ou plus fantaisiste (Kenshin le vagabond) mais à mon sens Usagi Yojimbo les surpasse tous de par sa rigueur, son extrême fluidité et son sens de la saga profondément humaine. étrange pour des bestioles n’est-ce pas? Une réplique: Usagi: Tous tes camarades sont morts.Chizu: Le devoir du ninja est de mourir.Usagi: Tu n’y crois pas vraiment?Chizu: Hélas, si! Je le dois sinon je vais devenir folle de chagrin.

DE CAPES ET DE CROCS (Alain Ayroles-Jean luc Masbou/Délcourt): C’est trop beau pour n’être qu’une bd. C’est au delà des mots et cela devrait être enseigné en classe tant le langage employé est plus beau que dans la plupart des bouquins qu’on colle dans la pattes des gosses pour les faire soit disant réfléchir. De capes et de crocs nous conte les aventures pittoresque et fabuleuses d’un homme loup hidalgo et d’un homme renard gascon , mousquetaire du roi et poète au temps de l’ancien régime. Un lapin mignon comme tout, et leurs belles (pour lesquelles ils se surpassent) les rejoignent à travers les mers contre le hollandais volant et jusque sur la lune au pays des sélénites. C’est d’abord une synthèse habile de toute la culture littéraire de cette époque. Ça commence comme une fable de La Fontaine pour peu à peu se mélanger théâtre de Molière (vieil avare et galère turque sont la partie)puis aux récits pleins de rebondissements de Dumas. Enfin on se remet dans le contexte musical et fantasmagorique de l’époque des lumière (voir à ce sujet comment sont décrites les représentations de ballet et les designs des créatures marines) l’effort fait pour reproduire l’esprit cette période est telle que même la vision de la science est celle du temps passé (comment aller sur la lune? voir les écrits du vrai Cyrano à ce sujet) Profondément lettrée, cette oeuvre brille comme un diamant dans le charbon sur les étals vulgaires de la Fnac. une bouffée d’oxygène de pouvoir se dire que des artistes imaginent encore à l’heure qu’il est la monde plus beau, plus intelligent qu’il n’est sans avoir été jeté dans un cachot. De capes et de crocs est la bd qui m’a sauvé la vie à l’aube de mes trente ans, elle m’a redonné l’espoir de voir qu’on rigole pas forcément de l’amour en vers, car enfin les répliques sont souvent en alexandrins quand il s’agit de magnifier, la nature, l’amour et le vibrant sentiment de se sentir vivant à l’approche du danger et de l’aventure qui n ‘est qu’un moyen de pouvoir accéder à un monde merveilleux comme le paradis: le monde qu’on rêve… Une réplique: L’ultime alexandrin sera le coup de grâce, assénant sans merci douze pieds dans ta face. et beaucoup d’autres. le duel des héros avec le maître d’armes est beau à pleurer.

GTO (Tôru Fujisawa/Pika): voilà un manga qui dépote. Great Teacher Onizuka est un jeune branleur ancien loubard et la star de son quartier. Il a vingt deux ans et se demande ce qu’il va bien pouvoir faire de sa vie. Il va devenir prof parce c’est cool, qu’on voit des lycéennes et qu’on a beaucoup de vacances. ouais c’est décider, il va devenir un « great teacher ». Tellement nul, il ne trouvera un taf que dans une école prive moins regardante sur la provenance des enseignants, leur rôle se bornant a faire de la garderie vaguement éducative pour les gosses de riches (la similitude avec le système français est assez troublante). Le voilà donc bombardé prof principal d’une classe qui a juré la mort des profs mais Onizuka est bien plus menaçant que des gamins de quatorze ans. En plus d’être fendard, ce shônen réussit plusieurs tours de force. D’abord il est bien écrit par un vrai auteur qui sait varier les plaisirs qui a des choses dire. Des choses à dire sur le Japon et la crise générationnelle qu’il traverse. Plus d’une fois Fujisawa pointe du doigt la génération des baby-boomers nourrie au biberon de la réussite professionelle et une jeunesse occidentalisée en manque de repères, un peu comme s’ils étaient les premiers lemmings à voir le gouffre et à vouloir l’éviter. Ensuite, les gosses dont s’occupe Onizuka ne sont pas des gamins des rues, ce sont de petits parvenus à la sale mentalité. Ils se comortent de façon violente et extrème mais ce ne sont pas des exclus sociaux. La crise selon l’auteur est donc partout répartie dans toutes les couches de la société. le problème est avant tout dans la jeunesse et ses multiples traumatismes. Onizuka arrange tout ça au cas par cas comme devrait la faire n’importe quel « great teacher ». Enfin, le vrai truc important c’est qu’Onizuka fait accepter la différence. Il n’intègre pas la brebis galeuse au troupeau, non il force la masse, la majorité à accepter la dfférence où le hors norme. Il n’y pas d’ammendement, l’otaku reste un otaku, une simplette, une simplette mais plus personne n’est plus marginal. Onizuka redonne son sens au mot tolérance. c’est bien parce que c’est rare. les élitistes et leur monde pourri, Onizuka leur pisse à la raie. Une réplique: Salut à tous, je suis Onizuka le voleur!…Votre fric je peux pas vous le rendre et alors ça vous dérange !?

PLANETARY (Warren Ellis-John Cassaday/Semic-Panini): C ‘est très difficile de convaincre le public non initié de la qualité de Planetary. Tous les fans de comics pourtant sont d’accord: C’est génial! Alors pourquoi le disent ils? Parce que Planetary est fait pour eux avec un regard au scalpel non dépourvu toutefois de tendresse nostalgique. Ce comic n’est pas une bd de super-héros, c’est une bd sur les super-héros et plus largement sur tout le spectre littéraire dans ce qu’il a de plus légendaire qui a pu les engendrer pendant le XXe siècle. Elijah Snow(qui a la tête d’Hugo Pratt), Jakita Wagner et le batteur sont des archéologues de l’impossible, ils exhument tous les évenements cachés du XXe siècle. Cela va du héros de pulp des années 40 au fantômes chinois en passant par godzilla, Sherlock Holmes, les quatre fantastiques et même Marylin Monroe. chaque épisode est unique et possède sa propre ambiance à laquelle le dessinateur s’adapte à chaque fois donnant une richesse graphique de haute volée. Il est esprits chagrins qui ont taxé Warren Ellis de multiples plagiats et de références trop marquée accusant Planetary de n’être qu’un vulgaire catalogue d’influences. Ce procès est inique car Ellis porte bien plus haut l’analyse de ce qu’est le « comic américain » par une ironie et un ton personel tout en rendant indéniablement hommage au genre sans vulgarité ni facilité. Planetary est sans doute l’un des meilleur titre anglo-saxon de ces dix dernières années. La réference de demain? une réplique: Snow: Quel monde étrange ! Jakita: Pourvu que ça dure…

SOUS UN RAYON DE SOLEIL (Tsukasa Hojo/tonkam): Se remémorant les escapades buissonières de notre enfance, quand nous nous émerveillions devant le spectalce toujours simple mais chaque fois renouvelé de la nature, nous étions heureux. C’est dans cet esprit que Tsukasa Hojo a conçu « Sous un rayon de Soleil, petite oeuvre charmante et désarmante faite entre deux plus gros morceaux (City Hunter et Family Compo). On sens le sentiment de vacances, de détente et de non effort. L’histoire de cette petite fille en fait une fée des arbres, met évidemment les fleurs et la nature à l’avant plan , mais elle décrit beaucoup les enfants, leurs sentiments et leur rend une pureté dans un monde dépourvu de réelle méchanceté (comme dans Yostuba). L’auteur l’a d’ailleurs écrite pour ses enfants et cet esprit visant à transmettre à plus jeune hante cette petite perle. Transmettre aux enfants symboles d’avenir, notre amour nostalgique de la nature afin qu’on puisse la partager tous ensemble réunis près des forêts. Une vraie passion de l’écologie anime ces quelques pages pour mieux les enluminer grâce au graphisme de Hojo qui comme d’habitude, tout en émotion joue avec ses pinceaux comme d’une lyre pour mieux nous tirer les flots des notre coeur de citadins aigris,que l’on croyait tarri. On craque pour la petite Sarah et ses fleurs mais déjà un autre coeur l’appelle et il faut la laisser partir à l’issue de ces trois tomes. nous la garderons en nous comme un joli souvenir verdoyant jusqu’à la prochaine lecture. On peut passer à coté de ce manga comme on peut passer à coté du bonheur sans qu’on le sache jamais, mais ce serait dommage avouez le. Une réplique: C’est ici que j’ai rencontré Sarah pour la première fois, et c’est ici que j’ai compris que les arbres avaient une âme.

Comme son nom l’indique, cette rubrique est sans doute la plus personnelle et la plus passionée mais s’il est des titres que je voudrais pouvoir faire aimes, c’est bien ceux ci…

Prochainement: Les valeurs sûres.

Archives

Eddy Écrit par :

2 commentaires

  1. 7 mars 2010

    […] Chez Kimera, peu de sorties, mais du lourd avec Strangers in Paradise, Le chef d’œuvre sentimental libre de Terry Moore. Referez vous à mon article sur les 50 meilleurs bd chapitre : Mes combats! […]

  2. 10 décembre 2013

    Merci pour cette sélection qui sort des sélections classiques. Nickel !

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