WOLVERINE: LA DERNIERE ICONE

 

C’est quoi une Icone en BD ?

La chose que l’on ne pourra jamais enlever aux comics de super-héros, c’est la capacité qu’ils ont eu de générer tout un aréopage de personnages iconiques. c’est à dire immédiatement reconnaissables au vu de leurs symboles (cape, bouclier ou logo), leurs modes opératoires, ou encore leurs phrases célébrés.

Certains ont même pu dans ce drôle de siècle que fut le XXième, acquérir une sorte de fonction métaphysique supérieure dans le coeur du public. Faisons simple: SUPERMAN est une sorte de figure divine, angélique, surpuissante et morale- Le bon samaritain, une sorte de messie même. A l’inverse, Batman est un terrien, sombre, trop humain, urbain irrémédiablement lié au sol, sans pouvoirs. Il incarne les failles de la justice et vient les combler tapi dans l’ombre comme un père fouettard.  Vous avez saisi l’idée.

A l’aube des années soixante, Stan Lee et Jack Kirby possédant le feu sacré, donnèrent naissance à une génération incroyable de héros forts. Les Quatre Fantastiques (une famille ayant des pouvoirs grâce à la science), les X-Men (Le symbole de la minorité opprimée), Hulk (la dualité et le monstre à l’intérieur de l’homme lié à la peur du nucléaire) Iron Man (le vendeur d’armes blessé par ses propres inventions sur la route de la rédemption) et surtout Spider-man (Le Lecteur qui mettant son masque peut se libérer de ses contraintes et devenir un héros se surpassant sans cesse dans une mise en abyme complice). Puis les choses se tassèrent naturellement jusqu’à cet obscur épisode de HULK 181. Sans l’imaginer, les auteurs (alors Len Wein, Herb Trimbe avec un coup de main de John Romita Sr) venaient de faire entrer le comics dans l’ère suivante.

WOLVERINE L’ICONE….

C’est vrai quoi…Rien que la dégaine. Ces griffes, ce masque, cette coupe de cheveux. Tout est fait pour le mettre à part. Il a dès le départ une animalité avouée, plaquée sur un bonhomme d’environ 1.65m.  Trapu, il sort des critères héroïques de l’époque. Il a les bras nus et poilus ce qui pour effet immédiat de le classer dans les catégorie des personnages adultes voire matures. Son masque ensuite le rend aisément reconnaissable, enfin ses cheveux hirsutes en pointes (pas naturelles du tout) et ses rouflaquettes lui confère un air sévère, mystérieux cassant avec les autres X-men gentils petits toutous aux ordres d’un Cyclope encore Boy-scout. Né en plein millieu des années 70, il incarne alors le contestataire, l’élément dangereux, le mauvais garçon, bref : Le rebelle.

 

…MALGRE LUI

 

 

1/ Un historique chaotique

La griffu canadien a eu du mal à s’imposer. La légende veut même aujourd’hui qu’on ait voulu se débarrasser de lui,  Chris Claremont ne sachant pas trop quoi faire de ce petit bonhomme bien excité. Pourtant les jalons sont déjà bien là.

S’il ne paie pas de mine lors des premières missions avec les X-Men, On apprend juste après la mort de Thunderbird (ép 96) qu’il est une bombe à retardement ambulante du à des manipulations que le gouvernement  canadien lui aurait fait subir durant un conditionnement militaire. Il balaie toute tentative d’empathie à son égard d’un revers de main en ajoutant: Il aime ça! Il affirme par là son coté asocial

Et il réitère, à Noël (ép 98), période festive s’il en est, en cassant l’ambiance d’une manière plus que brutale en envoyant balader une Jean Grey aux bras d’un Scott Summers (Cyclope)  guindé. Votre Noël me laisse froid assène-t-il! Puis il plante là la conversation. A partir de cet épisode, Claremont distille les informations au compte-goutte, créant ainsi sans faire exprès -un style- et l’aura de culte qui nimbera dorénavant le personnage. C’est la première fois que le lecteur verra la visage de Wolverine, Son nom civil étant encore pour l’instant inconnu. Plus tard dans la même nuit, lorsque les X-Men se font kidnapper par une armée de robot-chasseurs de mutants appelés Sentinelles, Lang responsable de ce forfait n’est même pas sûr  d’avoir affaire à un véritable mutant. Mais c’est quelques pages plus tard que se produit l’impensable. Alors que le système de sécurité de Lang laisse à désirer, on découvre que les griffes de notre carcajou préféré sont directement implantés dans ses avant-bras au lieu d’être des armes dans ses gants. Wolverine apparaît donc comme un personnage encore flou dont les pouvoirs sont mal  définis, qui peut de ce fait apporter un suspense permanent. Son impulsivité et son agressivité font de lui un moteur d’action impromptue comme lorsqu’il identifie grâce à ses sens un robot ayant pris l’apparence de Jean Grey et qu’il évente ainsi la supercherie en l’éventrant sur le champ (ép 100). Claremont ne cesse de le développer en douce et lui donne plus tard ses premiers signes d’humanité en lui donnant des sentiments pour la Fameuse Jean Grey (ép 101) qui l’a d’ailleurs éconduit assez vertement. Aucune équivoque à l’époque, pas de triangle amoureux comme on l’a depuis sous-entendu. Non Celui dont on ignore encore le nom est un amoureux solitaire et incompris remâchant sa rancoeur envers son rival mais néanmoins chef: Cyclope.

Le nom Logan (sans prénom) sera révélé par des farfadets celtiques à moitié extra-lucides lors d’une mission en Ecosse, à l’insu de ses camarades X-men (ép 103). Ce nom resurgira lors d’un séjour au japon (ép 118)lorsque du même coup on apprend qu’il peut parler la langue du pays, avant d’être avoué au reste de l’équipe que bien plus tard (ép 139). Il est alors difficile de croire qu’il était promis au placard alors que sa construction se fait par petites touches très régulièrement.

L’arrivée de John Byrne (également canadien) donnera encore un coup de fouet au griffu. Rapidement c’est le passé du dénommé désormais Logan qui sera concrétisé. Il est la propriété du gouvernement canadien. Ces derniers tenteront de le récupérer à deux reprises (ép 109 et 120) , mais entre-temps il est devenu un élément indispensable à la synergie des X-Men. Ce sera la genèse de la Division Alpha. Loin d’être cantonné au rôle du perturbateur de l’autorité, il libère à lui tout seul l’équipe lorsqu’elle joue les bêtes de foire dans un cirque  ( ép 111) et mène une cellule de secours volant à la rescousse de leurs amis prisonniers en Terre Sauvage (ép 116). Il n’hésite pas à cette occasion à supprimer un ennemi  brisant ainsi le tabou ultime des X-men concernant le caractère sacré de la vie. Simultanément on le voit mépriser une blessure sous le prétexte qu’il « guérit vite ». Encadrant souvent les nouveaux X-men en l’absence des anciens, il va rapidement acquérir le statut non revendiqué de chef en second, surtout lorsque Cyclope avec qui il aura toujours des relations houleuses cédera sa place de leader à Tornade (ép 138) qui s’appuiera énormément sur l’expérience de cet ancien soldat. Il devient le « bras droit » par excellence.

 

2/L’âme des X-Men

Le dernier élément à mettre en place pour parfaire le puzzle que sa psyché de papier constitue, c’est réduire toute facilité que sa nature animale entraîne. Car Wolvie n’est pas la simple machine à tuer que les scénaristes paresseux semblent vouloir écrire. Chris Claremont le décrit ainsi à Frank Miller pour le convaincre de dessiner la série qui achèvera de lancer le personnage au panthéon de ceux qui comptent: « C’est à mon sens un samouraï raté! ». La dessus, un décorum asiatique propice à une action débridée emplie de ninjas et de combats au sabre épiques vient se greffer naturellement sur lui comme  une sorte de verni parachevant le tout.

 

De là on peut encore citer d’autres aspects comme le chasseur empathique qui déjoue les stratégies des animaux afin de mieux rejoindre leur milieu naturel en harmonie ( un écolo en somme), le tuteur volontiers protecteur envers les cadets (Kitty Pryde,Rachel Summers, Jubilee, Armor) Le soldat baroudeur expérimenté qui a connu Captain America quand il servait à quelque chose, bu des bières avec Nick Fury à Tanger etc…

Le personnage est un puzzle édifiant aux pièces très disparates mais donnant une personnage complexe en perpétuelle recherche de paix et d’harmonie malgré une nature violente qui l’amène à incarner finalement lui même son pire ennemi. Parallèlement sa bonté et sa générosité font de lui peu à peu L’âme de X-men, plus exemple à suivre (dans son parcours) que jalon moral, pour une équipe s’inscrivant dans la marge de l’héroïsme, celle de la minorité effrayante devant combattre pour elle même autant que pour les autres.

3/ une galerie de vilains personnelle

On reconnait un homme à ses amis dit-on, on pourrait ainsi déformer cet adage en « on reconnaît un héros à ses Némésis ».

Sabretooth devient donc une sorte de jumeau maléfique, l’homme qu’il aurait pû être s’il ne possédait intrinsèquement le supplément d’âme qui fait de lui un héros. Le frère ennemi.

Deathstrike incarne celle qui s’est mutilé par choix pour se venger de celui qui a spolié son héritage dans une relation de haine infinie ou l’honneur vient jouer les trouble-fêtes.

Silver Samuraï: grand adversaire japonais, celui qui ne pourrait devenir de la même trempe que Wolverine bien qu’ayant un statut plus légitime.

Tous sont jaloux de cette fascination que suscite le petit guerrier qui semble être polyvalent, réussissant à accomplir son karma à force de combat, de courage et de travail sur soi. Il faut bien dire que les X-men l’aident bien souvent à tenir le cap. C’est dans cette famille que le héros en lui se réveille enfin.

4/un héritage littéraire

Deux éléments significatifs sont encore à souligner pour définir notre griffu comme une icone:

    C’est un éternel célibataire disponible. Cette notion peut paraître étrange mais elle contribue à cette  « affection » particulière que le lecteur  porte à ce genre de figure. Passé l’aura de liberté au sens absence d’attaches sentimentales que le célibat procure, il permet de « tomber » amoureux » du héros (en dehors de toute connotation sexuelle, le lecteur n’est pas un détraqué) et de l’élever à un rang supérieur qu’un modèle vivant, (prof, parent) ou fictif (perso télé, roman, ou méchant de l’histoire). Vous allez me dire que certains sont mariés, mais ils sont finalement tous redevenus seuls par un coup de baguette magique (sauf si c’est le couple qui a une fonction iconique comme chez les Fantastiques).  Chez Logan entre une Jean Grey fantasmée et un mariage escamoté avec Mariko, les autres femmes ne feront que de brefs passages le plus souvent tragiques.

    Il possède un héritage. Tout d’abord ses avatars. De l’homme des bois à poil dans la neige au baroudeur rebelle aux tempes grisonnantes des « futurs antérieurs » , il possède plusieurs apparences caractéristiques.  Enfin tout un tas de personnages ont été décalqués/copiés sur lui. Ripclaw de Cyberforce dans ses postures et son visuel « griffu », Gambit autre X-man plus tardif dangereux au passé morcelé. Il a aussi tout un tas d’enfants de Daken à X-23 en passant par l’éphémère Wild Thing,  conçue avec Elektra dans un futur alternatif. Il est aussi tout à fait normal aujourd’hui de concevoir une équipe avec un membre dangereux ou borderline comme ont pu l’être Cable, Night Thrasher, jusqu’à ce mignon Kid Loki dans les Young Avengers où il s’agit plutôt d’une récupération à posteriori du rôle du « trickster » puisqu’il est le seul, le vrai, l’unique.

Que dire pour conclure, si ce n’est que malgré tout le mal qu’on pu faire au personnage et cela dès la moitié des années 90 (Origines détaillées à la Don Rosa sur Picsou, dénaturation, bête, berserk analphabète, Homme loup descendant des premiers romains), Il a su trouver une place particulière auprès des premiers personnages de l’écurie Marvel en tant que symbole de la firme sur les boîtes à casse-croûte et au cinéma. Il a ouvert sa propre école pour Mutants dans une formidable synthèse de ce qu’il a toujours été, il est devenu un membre des Avengers. Il multiplie les  apparitions qui finissent de dégoûter les derniers fans hardcores devant le « putasserie » de la démarche pourtant, il récupère parfois un peu de son aura jadis flamboyante .

 Len Wein avait quant à lui dit à propos de sa création qu’il avait été fasciné par cet animal qui, bien que petit n’hésitait pas à s’attaquer aux grizzlis bien plus impressionnants. A ce titre,son premier combat contre Hulk fait figure de parabole augurant de la direction à tenir pour notre mutant poilu: L’homme issue de la bête qui se surpasse pour devenir un surhomme presque au sens nitzschéen…

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Eddy Écrit par :

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