MAJ 6 Janvier — 365 et pensées sur l’art

17ème page de 365 en ligne:

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Je sens poindre en moi le besoin de poser à nouveau la question de l’art. Une question somme toute naïve mais logique quand vous aimez le dessin. Car enfin, qu’en est-il de mes gribouillages? La BD est elle le 9ème art ou bien un simple produit de consommation?

Je me suis vite heurté au problème suivant: il existe de ce mot beaucoup trop d’acceptations contradictoires, d’autant plus gênantes quand elles viennent de personnes admirées. « L’art, c’est le Beau » résumerait assez la façon de voir qui a longtemps prévalu. Mais le Beau n’est-il pas rendu tel que par l’oeil du spectateur? C’est là une définition si subjective que mieux vaudrait dire que l’art, c’est ce qu’on veut, ou mieux encore qu’il n’existe pas.

Ingres faisait partie des peintres qui défendaient l’idée que l’art devait tendre vers le Beau. Il est en quelque sorte le pinacle de la pensée classique en France sur le sujet, l’aboutissement de siècles passés à représenter un sujet dont on dégage la beauté, à faire des compositions savantes, à rejetter la laideur. Cette recherche de la beauté chez Ingres dépasse même l’idée de réalisme: mieux vaut une entorse à l’anatomie si la peinture s’en trouve améliorée aux yeux du peintre.

Le peintre Odilon Redon (19ème siècle) critiqua Ingres en arguant que ce qu’il faisait n’était pas de « l’art réel ». Ingres, et avec lui ses adeptes, n’aurait fait que véhiculer des idées mortifères, conservatrices, quand l’art réel lui véhicule l’amour de la vie à son public. Toujours est-il que ce monsieur cherchait lui aussi le Beau: un pain est utile et n’est donc pas beau, donc un pain n’est pas de l’art d’après ce monsieur. J’en prends bonne note.

J’en déduis qu’il est un art qui ne serait que tentative de faire de l’art (intention de l’artiste) et un art réel qui atteindrait au but. Est archère la personne qui tire à l’arc, est archère réelle la personne qui touche à sa cible. Mais si on peut penser (ce n’est pas mon cas) que l’art d’Ingres n’était pas réel, du moins ne peut on nier qu’il ait eu l’ambition farouche d’être artiste. Me voilà bien avancé.

Bien sûr Ingres aurait sans doute rangé monsieur Redon dans la catégorie des gens qui ne produisent pas de l’art mais du cochon. Si même les grands peintres n’accordent pas leurs violons (d’Ingres), comment pourrais-je arriver à une conclusion qui soit acceptable par mon lecteur? Ou même par moi, ce qui serait déjà un bon début.

Willem de Kooning, un peintre du siècle dernier, est mort juste à l’aube de notre nouveau millénaire. Il rejettait l’idée même qu’il y ait une nécessité de représenter le réel de façon rigoureuse, et par là la façon de faire de ses prédécesseurs et leurs idées sur la forme, la couleur. Aussi peignit-il des figures très abstraites, des femmes dont il ne reste que « l’essentiel », des yeux, une bouche… Il déclara que s’il était absurde de peindre une femme, il était encore plus absurde de ne pas le faire. Et me voilà encore plus avancé vers nul part.

Si un pain est utile et n’est donc pas de l’art, ce que faisait Willem de Kooning était il pour autant beau ou simplement inutile? Il est certain que je n’en voudrais pas pour décorer mes murs, et qu’avec moi Ingres et peut être Redon l’auraient mis à la poubelle. Cela est quelque chose que l’on peut entendre dans n’importe quel bistrot.

Je pourrais continuer, et il y aurait là beaucoup de temps à perdre. J’y reviendrais peut-être. Je ne suis qu’un simple banlieus’art, on me pardonnera de ne pas trouver en si peu de lignes de réponse définitive à mes questions.

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Alexandre Écrit par :

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