LES Oubliés…

Je vous parlais un peu plus tôt d’une Bd appelée  Les Oubliés. J’ai voulu entamer un script, mais la forme qu’il prend s’éloigne diaboliquement du format auquel j’avais pensé jusque là:

Qu’en pensez-vous?

MAELKRUM projeta ses bras en avant et harangua frénétiquement la foule. Du haut d’une falaise où avait été érigé un temple troglodyte à la gloire des déités et des esprits du peuple Antraxite. Il semblait vouloir prolonger la grandeur de l’édifice de toute sa hauteur. Derrière lui, deux êtres sombres et immobiles telles des statues flottaient dans de vastes houppelandes bigarrées identiques. Ces hommes faisaient partie du même ordre religieux, une religion vénéneuse, violente  à la volonté de domination infinie. Le vent lui-même charriait d’ailleurs avec les embruns, un parfum de guerre, d’un pouvoir tentaculaire écrasant tout devant lui. Une armada, bardée de fer, disciplinée et silencieuse elle aussi formait un bloc compact qui aurait pu passer pur un des contreforts de la citée maritime.

En contrebas de ce temple jadis majestueux, le peuple justement silencieux également comme une armée défunte, attendait suspendue aux lèvres de l’elfe noir le couperet de sa parole.

 

            – J’ai foulé bien des royaumes, et vu bien des terres et là, partout la même humanité en perdition. A chaque fois les paroles furent belles, inspirées et emplies de vertu, mais jamais les actes  n’en n’étaient les reflets.

Trahison, duperie, duplicité sont distillés dans l’alambic de votre médiocrité !

Ainsi je vous connais, ainsi je veux vous sauver !

 

Ces derniers mots claquaient comme des étendards en pleine tempête. Les Yeux de Maelkrum scrutaient chaque hère tremblant dans l’assistance en lançant des éclairs de mauvaiseté. Ses mâchoires comme celles d’un squale semblaient vouloir happer son auditoire tout en prononçant son discours. Il n’avait désormais plus besoin de son armée, ni même d’un arme. Sa voix, forte et déclamée s’envola encore vers ses nouveaux sujets pour aller les piquer à l’oreille comme une nuée de frelons, diffusant ainsi son poison.

 

            –  Je vois l’avenir de votre nation. Seule, ANTRAXIE était vouée à l’oubli et à la poussière, Avec moi à vos cotés, vous vous  élèverez. Les dignes domineront. Les faibles s’étioleront d’abord dans leur ombre avant d’étouffer écrasés dans leur misérable condition de créatures  les plus médiocres ayant un jour vu le ciel. Il n’appartient qu’à vous de vous hisser au sein des rangs des dignes, non  dans mon ombre mais dans ma lumière.

 

Le couchant dardait d’incroyables feux, baignant l’horizon et les cieux d’une palette immense et aveuglante. En fin politique, Maelkrum avait judicieusement choisi l’heure de sa déclaration. Il paraissait ainsi épouser les éléments et se transfigurait face aux hommes soumis, comme une sorte d’entité plus grande que n’importe qui. Ayant atteint son effet, il continua sur sa lancée :

 

            – Votre prince KRIEG scellera notre amitié commune en épousant ma chère sœur, la puissante AUREA. Nos noms, nos couronnes désormais unies donneront naissance à une puissance jamais égalée sur nos terres. Nul n’osera plus nous défier. Soyez grands et forts à ma lumière !

 

Puis il s’en fut laissant son ample manteau effacer sa silhouette en le fondant dans une obscurité chaotique rythmée aux bruits des  étoffes se frottant les unes contre les autres. Ses deux suivants tels des êtres de granit, le suivirent comme s’ils glissaient sur l’air.

Devenues murmure, ses paroles alors s’adressèrent aux moines du silence.

 

            – Si nous plongions au cœur de ces asticots, en retirer un appât au hasard, nous pourrions pêcher une bonne prise. Celle-ci une fois dévorée en public dissuadera les autres poissons de mordre à l’avenir.

 

Maelkrum marqua une pause avant d’asséner dans le creux de l’oreille de son serviteur :

 

            –  Prenez un appât au hasard ! Sacrifiez-le ! Dissuadez toute rébellion !

 

Il pénétra sous une arche fortement ouvragée. Plusieurs bandeaux circulaires représentaient des bas-reliefs cyclopéens. Sur chacun d’entre eux, on pouvait lire la description d’antiques batailles que le peuple d’Antraxie aimait à se souvenir. Ici les premiers dieux guerroyant, fondaient les terres brunes qui donnèrent naissance à l’humanité. Là l’ancien Roi-Lion apportait la lumière et le savoir aux antraxites. Depuis, la succession des rois-noirs chantaient la gloire d’un combat permanent contre la mer, éternelle ennemie. Ces temps à présent étaient bien lointains. L’assaillant était venu des terres bleues, il avait tout écrasé, brulé jusqu’à l’âme du pays. Il avait souillé le trône sacré et laissé les vénérables terres brunes sans défenses et désemparées.

Maelkrum ricana avant de rejoindre un escalier gigantesque décoré aux armoiries des vaincus.  S’il les remarqua, il n’en montra aucun signe, congédia les deux moines et se retrouva enfin seul dans une minuscule pièce aux murs nus. Il avait aménagé ses appartements avec le plus grand dénuement. Il méprisait le luxe, le confort et tous les moindres indices d’un quelconque esprit de détente qu’il associant à de la faiblesse. Son sourire se figea un court instant. Une douleur lui traversa le crâne. Son cerveau lui donnait l’impression de bouillir. Une couche frustre l’attendait sans un recoin. Il s’écroula dessus. Ses tempes lancinaient. Il fut obligé d’attendre quelques instants avant de recouvrer l’usage de ses nerfs fatigués. Son regard se dirigea vers la minuscule fenêtre qui auréolait la chambre. Ses yeux vibraient encore de fureur. Il ricana de nouveau et l’écho sinistre de son rire se répercuta dans toute l’enceinte.

 

            « FLORA !!! »

Ce fut la teneure du hurlement qui résonna des profondeurs. Pourtant l’incessant bruit du ressac contre la falaise étouffait  tout en ces murs.

L’homme- mais « géant » conviendrait mieux- qui avait crié était retenu prisonnier par d’énormes chaînes qui auraient entravé un ours. Pourtant elles semblaient à peine gêner ses mouvements. Il tirait dessus de toutes ses forces jusqu’à s’en briser les poignets. Il poussait d’impressionnants rugissements que nul animal n’aurait pu produire.

Il crut l’espace d’une seconde entendre un rire courir vers lui. Il en ressentait même toute la joie malsaine qui en émanait. Il tira de nouveau rageusement sur ses liens. Du sang coula le long de sa main droite. C’était chaud, collant et accentuait l’odeur de métal dans la geôle exigüe.

Ses mèches d’un blond platine lui collaient  sur son visage dégoutant d’une sueur gluante. Ses épais muscles tressautaient sous sa peau brune. Il était vêtu d’haillons qui avaient du appartenir à de splendides tissus.

Lorsqu’il ne put se débattre d’avantage, il se recroquevilla comme une bête et celui qui aurait pu le voir ne l’aurait pris pour autre chose. Il pensa comme il pût la blessure de son bras et se reposa enfin.  Regardant fixement les barreaux, il se calmait.

C’était un être massif en même temps que gigantesque dont le rang transparaissait dans l’allure. Sa chevelure brillait à la lueur des flammes du braséro. Ses yeux -l’un vert, l’autre violet- étaient animé d’une colère qui les rendaient incandescents. Des plumes colorées  étaient encore brodées sur sa tenue déchirée de toute part.

Le bruit de l’océan voisin le berçait doucement. Ce son familier le rasséréna quelque peu. Krieg (c’était son nom) y trouva un peu de chaleur en repensant à son clan, à l’Antraxie. Hélas, lui  revinrent rapidement l’arrivée de Maelkrum, l’elfe des terres bleues qui avec son armada, saccagea le pays, détruisit les temples et installa ces ignobles prêtres muets, qu’on ne voyait jamais bouger. Une nouvelle vague de fureur le submergea subitement et il envoya claquer ses chaînes violemment sur les parois de pierre. A chaque coup il revît sa mère, son père, sa sœur tomber sous les coups de leurs bourreaux, leurs corps donnés aux chiens. Et Flora… il ne savait pas ce qu’il était advenue d’elle. Il se rappela le feu…l’odeur du sang et le mur qui s’écroulait sur lui.

Depuis, il avait été emprisonné dans ces antiques cellules creusées à même la falaise. La seule issue était la mer et la mer perpétuellement déchaînée, c’était la mort. Nombreux étaient ceux qui périrent là, à sa place.

            « Flora , elle est  encore en vie, on ne tue pas une Sylaine aussi facilement, pensa-t-il. Elle doit être encore en vie.

La blessure de sa main avait empiré, il ne la sentait même plus. Cette impuissance le rendait encore plus fou, encore plus furieux, encore plus fort.

Ses fers étaient rouillés… aucun métal ne résistait longtemps en ces contrées.

Et Krieg si impétueux était-il, savait être patient…

 

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Eddy Écrit par :

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